Rencontre avec Geoffrey Pressac, Senior Expert SDS Chromatography chez Sartorius Stedim France, Intervenant au Congrès France Bioproduction les 15 et 16 avril 2026 à Tours
Le Congrès France Bioproduction, présidé par Didier Véron, Président du G5 Santé, fête cette année ses 10 ans, les 15 et 16 avril 2026 au Palais des Congrès de Tours.
« En avant pour l’intensification des procédés et la production modulaire ! »
Les 15 et 16 avril 2026, le Congrès France Bioproduction célèbrera son 10ᵉ anniversaire à Tours. Organisé par Polepharma et Medicen Paris Region, l’événement s’est imposé au fil des années comme le rendez-vous national de référence de la bioproduction française, fédérant industriels, biotechs, CDMO, experts technologiques, chercheurs et décideurs publics autour des grands enjeux de la filière.
Pour cette édition anniversaire, Sartorius, sponsor Platinum, viendra partager les enseignements d’un vaste travail collaboratif mené au sein de BioPhorum sur un sujet devenu central pour l’industrie : la production modulaire, dans un contexte d’intensification des procédés, de diversification des modalités thérapeutiques et de volatilité accrue des marchés.
À cette occasion, Geoffrey Pressac, Senior Expert SDS Chromatography chez Sartorius Stedim France, qui interviendra le 16 avril à 9h45, partage son bilan et sa vision des transformations en cours.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter, ainsi que Sartorius Stedim France, et préciser votre rôle ?
Je suis ingénieur en biotechnologie et j’évolue chez Sartorius depuis une dizaine d’années. J’y ai occupé différents postes en support applicatif en purification (Downstream Processing, DSP), avec une spécialisation en chromatographie depuis 2020.
Aujourd’hui, en tant que Senior Expert SDS Chromatography, j’accompagne nos clients industriels dans l’implémentation des technologies de chromatographie Sartorius, le déploiement de procédés intensifiés et la mise en place de partenariats technologiques visant à évaluer les technologies de demain.
La chromatographie est un pilier de la bioproduction, en particulier pour les produits biologiques injectables comme les anticorps monoclonaux, vaccins ou thérapies géniques. La fabrication d’un biomédicament s’articule autour de trois grandes étapes : la production par culture cellulaire (Upstream Processing, USP), sa purification (DSP), puis la formulation et le conditionnement (Fill & Finish).
La chromatographie constitue, en général, le squelette structurant le DSP. Les produits biologiques étant issus de cellules vivantes, ils contiennent naturellement de nombreuses impuretés : protéines de l’hôte, ADN résiduel, endotoxines ou virus potentiels. Les exigences réglementaires de l’EMA et de la FDA imposent des niveaux de pureté extrêmement élevés. La chromatographie est donc essentielle pour isoler la molécule d’intérêt et garantir la qualité, la sécurité et l’efficacité du médicament.
Êtes-vous un habitué du Congrès France Bioproduction ? Qu’est-ce qui rend cet événement unique pour vous et Sartorius ?
À titre personnel, ce sera ma première participation au Congrès France Bioproduction. J’interviens plus fréquemment lors de congrès internationaux dédiés aux biomédicaments et à la bioproduction. Mais je suis ravi de participer à cette édition française, qui a su s’imposer comme un rendez-vous clé de la filière.
L’événement a clairement gagné en ampleur : l’audience ne cesse de croître et les intervenants viennent désormais du monde entier. Il reflète la maturité croissante de l’écosystème français, à un moment où une politique nationale encore plus ambitieuse en matière de bioproduction serait bienvenue. Dans ce contexte, c’est un réel plaisir de contribuer aux échanges et de partager les travaux menés par BioPhorum.
Pour Sartorius, le Congrès France Bioproduction est un événement incontournable. Membre actif de Polepharma et sponsor Platinum de l’édition 2026 (après sponsor Gold en 2025), nous renforçons progressivement notre engagement auprès de la filière, dans un contexte géopolitique qui met plus que jamais en lumière les enjeux de souveraineté et d’indépendance sanitaire.
Par ailleurs, ma collègue Béatrice Claverie, Head of Product Excellence - Bioreactor Technologies, siège depuis trois ans au comité de programmation du congrès. Elle contribue à orienter les thématiques vers les préoccupations concrètes des industriels, garantissant un contenu à la fois pertinent et opérationnel.
Cette édition marque les 10 ans du Congrès. Quel regard portez-vous sur la dernière décennie ?
Ces dix dernières années ont été marquées par une véritable révolution des biomédicaments. Ils ont transformé la prise en charge de nombreuses pathologies autrefois incurables. En France, on estime qu’environ 10 millions de patients sont aujourd’hui concernés.
La filière est passée des vaccins et anticorps « classiques » à des modalités beaucoup plus sophistiquées : anticorps bispécifiques, trispécifiques, protéines de « fusion », ADCs, ARNm, thérapies cellulaires et géniques, CAR-T. Aujourd’hui, les biomédicaments représentent près de 60 % des médicaments en développement dans le monde.
La France dispose d’unités de production d’anticorps monoclonaux, portées par l’implantation de leaders mondiaux, ainsi que de capacités de fabrication de vaccins, dont une usine modulaire de dernière génération. À cela s’ajoutent les investissements majeurs réalisés au cours des dix dernières années dans les produits dérivés plasmatiques et les thérapies géniques. Cette diversité des capacités de production constitue un atout rare à l’échelle internationale. La recherche française se distingue également, se classant dans le Top 4 européen, avec de nombreux brevets actifs.
Sur le plan industriel, de nombreux verrous technologiques ont sauté. Le premier correspond à une productivité accrue des cellules (on atteint des titres à deux chiffres pour les anticorps) qui pousse les industriels à intensifier les procédés de purification. Le second est le développement de nouvelles modalités (CAR-T, ARNm…) qui requièrent des usines plus flexibles. Le véritable défi de la prochaine décennie sera de transformer cette excellence scientifique en production industrielle locale, pour garantir l’accès des patients et renforcer notre souveraineté sanitaire. Et c’est précisément ce que permet d’accompagner le Congrès France Bioproduction.
Sur le Congrès France Bioproduction, vous présenterez des travaux issus de BioPhorum. Pouvez-vous expliquer cette démarche collaborative ?
Les travaux qui seront présentés lors du Congrès France Bioproduction s’inscrivent dans le cadre de BioPhorum, une organisation collaborative internationale qui réunit plus d’une centaine d’acteurs majeurs de la bioproduction, fabricants comme fournisseurs. Parmi eux figurent notamment Roche et sa filiale Genentech, Sanofi, MSD, Sartorius et bien d’autres.
L’objectif de BioPhorum est de fédérer des experts multidisciplinaires, parfois issus d’entreprises concurrentes, afin de partager les bonnes pratiques, d’anticiper les évolutions industrielles et de coconstruire les standards et les usines de la bioproduction de demain.
Dans ce contexte, je participe à deux groupes de travail centrés sur les procédés, et plus particulièrement sur le Downstream Processing (DSP).
Le premier est dédié à la production modulaire (Ultimate Facility Design). C’est dans ce cadre que s’inscrit la présentation que je réaliserai lors du Congrès France Bioproduction, en collaboration avec des partenaires tels que Genentech, CRB Group, Sartorius et Autodesk notamment.
Le second groupe de travail porte sur la gestion optimisée des tampons (Optimized Buffer Management), un enjeu identifié comme critique par la majorité des industriels.
Dans le cas des anticorps monoclonaux, la standardisation des stratégies de gestion des tampons et la réduction de leur nombre permettent de diminuer significativement les coûts et les délais de production, tout en améliorant la productivité et la flexibilité des sites industriels.
Pourquoi la production modulaire est-elle devenue un sujet stratégique pour les acteurs des réseaux Polepharma et Medicen ?
Le marché biopharmaceutique est devenu hautement volatil : diversification rapide des modalités (ARN, AAV, lentivirus, MAbs, ADC…), ruptures technologiques fréquentes, incertitudes cliniques et commerciales… Il y a cinq ans, on aurait parié sur l’ARN messager ; aujourd’hui, le marché se rééquilibre fortement en faveur des anticorps monoclonaux et de leurs dérivés. Demain, la tendance peut à nouveau s’inverser. Enfin, la montée en puissance des biosimilaires et de la médecine personnalisée amène à réduire les ambitions de production en kg/an, tandis que l’augmentation des titres réduit le nombre de lots nécessaires pour atteindre les quantités souhaitées. Dans ce contexte, les usines rigides en « inox », conçues pour un seul produit, exposent les industriels à des risques d’investissements obsolescents avant d’être amortis. La production modulaire vise à créer des usines flexibles, adaptables, multimodales, de véritables « couteaux suisses » capables de s’ajuster rapidement aux portefeuilles produits.
Quels enjeux industriels et technologiques cette approche permet-elle d’adresser ?
Le premier enjeu est celui de l’intensification des procédés : produire plus, plus vite, moins cher, sur des échelles plus petites. Les titres en USP ont explosé ces dernières années. Si l’USP multiplie ses rendements par 5, le DSP doit suivre. Cela impose des technologies de purification plus performantes, des équipements plus flexibles, une meilleure orchestration des procédés.
Deuxième enjeu : la flexibilité industrielle. Les entreprises doivent pouvoir s’adapter, changer de projet rapidement, produire plusieurs modalités dans une même infrastructure, sécuriser leur logistique dans un contexte géopolitique tendu.
Quels cas d’usage concrets avez-vous identifiés sur le terrain ?
Nous avons travaillé à définir dans quels cas la production modulaire fait sens, car ce n’est pas une solution universelle. Par exemple, pour un blockbuster mondial à très forte demande, une usine inox classique reste pertinente. Tandis que pour des biosimilaires, des productions régionales ou des indications ciblées, la modularité est un atout majeur.
Les biosimilaires sont particulièrement concernés : le premier arrivé sur le marché capte souvent la plus grande part de marché. La modularité permet de maîtriser les coûts, de s’adapter à une demande incertaine, et de produire plusieurs molécules dans une même usine.
Quels sont les bénéfices concrets et les conditions de succès de la production modulaire ?
La production modulaire présente plusieurs bénéfices concrets. Elle permet tout d’abord de réduire significativement les CAPEX et d’accélérer l’amortissement des investissements. Elle favorise également la centralisation des chaînes logistiques et de la gestion des déchets, ainsi qu’une réduction de l’empreinte environnementale par kilogramme de produit fabriqué. Enfin, elle apporte une plus grande résilience industrielle, en offrant davantage de flexibilité face aux évolutions rapides des marchés. À ce titre, la production modulaire constitue un véritable outil stratégique de sécurisation du business et de résilience.
La principale condition de succès réside dans une clarté stratégique en amont : quelles modalités produire, à quelles échelles et pour quels marchés. Il est essentiel d’aligner les capacités de production entre les différentes modalités, d’intégrer l’intensification des procédés dès la phase de conception, et de privilégier des procédés fermés afin de limiter les risques de contamination croisée. Cela implique également de repenser les flux de personnes et de matières au sein des installations et de s’appuyer largement sur les technologies à usage unique, qui sont un levier clé de flexibilité et de performance dans les approches modulaires.
Rendez‑vous le 16 avril à 9h45 à Tours, au Congrès France Bioproduction, pour découvrir comment la production modulaire peut vraiment faire la différence !
Quel rôle joue le Congrès France Bioproduction dans cette dynamique ?
Le Congrès France Bioproduction joue un rôle clé de catalyseur pour la filière. Il permet à la fois de diffuser les avancées technologiques, de connecter les acteurs industriels et scientifiques, et d’accélérer le passage de l’innovation à l’industrialisation. Présenter à Tours les travaux issus de BioPhorum, c’est faire bénéficier l’écosystème français, structuré notamment autour des réseaux Polepharma et Medicen, d’une réflexion construite à l’échelle mondiale.
Le programme de cette édition illustre parfaitement les grandes tendances qui façonneront la bioproduction de demain : nouvelles modalités, intensification des procédés, modélisations numériques, approches mécanistiques et intelligence artificielle. Plusieurs temps forts en témoignent, notamment l’atelier animé par Saci Iken (Univercells Technologies) le 15 avril à 11h45, consacré à l’optimisation des conditions de procédés pour une production évolutive et sans sérum de lentivirus dans des bioréacteurs à lit fixe. Le même jour à 14h15, Damien Bataille (LFB) et Edouard Nicoud (Ypso-Facto) présenteront une conférence dédiée à l’intensification de la purification des protéines plasmatiques par modélisation mécanistique. Enfin, le 16 avril à 9h15, la keynote d’Andrea Geibler de l’Institut Fraunhofer IPA mettra en lumière la production automatisée et dynamique de thérapies cellulaires et géniques, à travers le développement de mini-fabriques modulaires.
Cette 10ᵉ édition peut-elle constituer un véritable momentum ?
Oui, clairement. L’audience du Congrès France Bioproduction, passée de 60 participants en 2016 à plus de 600 attendus en 2026, illustre parfaitement la montée en puissance et la structuration progressive de la bioproduction française. En dix ans, l’événement est devenu un véritable point de convergence pour l’ensemble de la filière.
Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques, des enjeux forts de souveraineté et d’indépendance sanitaire, et une accélération des innovations thérapeutiques, cette édition anniversaire arrive à un moment particulièrement stratégique. Elle offre un cadre unique pour aligner les visions, renforcer les coopérations et accélérer la transformation industrielle.
Ce 10ᵉ Congrès sera présidé par Didier Véron, président du G5 Santé, avec un positionnement fort autour de l’innovation en santé et de la valorisation du Made in France. Une table ronde très attendue reviendra sur la décennie 2016 à 2026, en mettant en lumière les collaborations qui ont façonné la bioproduction française et en esquissant les contours de l’avenir. Celui-ci sera, plus que jamais, collaboratif, reposant sur des synergies étroites entre start-up, biotechs, grands groupes pharmaceutiques, CDMO et équipementiers.
Comment vous projetez-vous sur la prochaine décennie ?
Avec beaucoup d’enthousiasme !
Des ruptures technologiques majeures arrivent notamment autour des procédés connectés et intensifiés, sans oublier des membranes de nouvelle génération. Chez Sartorius, nous sommes convaincus que ces évolutions vont profondément transformer la bioproduction.
La prochaine décennie sera passionnante et le Congrès France Bioproduction 2026 sera un rendez-vous structurant pour construire collectivement cet avenir prometteur.
Propos recueillis par Marion Baschet Vernet
Contact :
Denis Marchand - Responsable R&D Innovation - Biomédicament - Bioproduction
denis.marchand@polepharma.com