Rencontre avec Christophe Pierre, Vice-président et Directeur général EMEA Prescription d’Aptar Pharma, Président du Colloque Polepharma Performance Environnementale le 1er octobre à Rouen
« Du pragmatisme, des échanges et des retours d’expérience avant tout ! »
Le 1er octobre à Rouen, le 3ᵉ Colloque Polepharma Performance Environnementale réunira près de 180 décideurs de la filière (bio)pharmaceutique. Dans un contexte où les tensions économiques et géopolitiques pourraient freiner certains investissements, Polepharma fait le pari inverse : maintenir le cap environnemental en s’appuyant sur le collectif, le concret et l’innovation terrain.
À sa tête cette année, Christophe Pierre, Vice-président et Directeur général EMEA Prescription d’Aptar Pharma, depuis son site du Vaudreuil-Val-de-Rueil, qui rassemble pas moins de 1200 personnes impliquées dans les systèmes d’administration de médicaments, entend insuffler une dynamique lucide mais … résolument volontariste !

Pourquoi avoir accepté de présider ce colloque ?
Ce qui m’a convaincu, c’est à la fois l’urgence… et le besoin de progresser de notre secteur.
J’ai travaillé dans les secteurs de la beauté, de l’alimentation et des boissons chez Aptar, où l’environnement est devenu un véritable levier de différenciation. Chez des acteurs de la beauté comme L’Oréal ou LVMH, ou dans les grands groupes alimentaires tels que Nestlé ou Danone, avec lesquels j’ai collaboré, l’écoconception ou l’usage de matières recyclées sont intégrés depuis longtemps dans la stratégie produit.
Lorsque j’ai pris la direction R&D Global d’Aptar Pharma, j’ai été frappé par un décalage : le sujet est reconnu, mais il avance moins vite. Il y a certes des raisons objectives - réglementaires, sanitaires - mais aussi la nécessité de faire évoluer des habitudes et des référentiels culturels bien ancrés.
Dans le même temps, Aptar Pharma est engagé de longue date au sein de Polepharma, notamment à travers Renaud Sermondade que j’ai remplacé, et Benjamin Ozanne, notre responsable senior infrastructures, énergie et sécurité du site chez Aptar. Nous faisons partie du Top 100 des entreprises les plus responsables au monde, avec un engagement fort de notre direction.
C’est précisément pour cela que j’ai accepté : il faut provoquer un déclic collectif. Et Polepharma est l’endroit idéal pour le faire, car on raisonne à l’échelle d’une filière entière.
Vous insistez sur la notion de « performance environnementale ». Pourquoi est-ce central ?
Parce que c’est le seul moyen de rendre la transition durable dans le temps. On ne peut pas opposer écologie et économie. Dans l’industrie, si un projet n’a pas de logique économique, il ne sera pas déployé à grande échelle. C’est une réalité : « pas d’écologie sans économie ».
Prenons des exemples très concrets : remplacer le gaz par des pompes à chaleur, optimiser les consommations d’eau, alléger les produits grâce à l’écoconception, ou encore réduire les volumes transportés. Tout cela diminue l’impact environnemental… mais aussi les coûts.
Chez Aptar Pharma, nous menons depuis plus de quinze ans des initiatives pour réduire notre empreinte carbone. Les mesures déjà engagées nous permettent d’envisager sereinement l’atteinte de nos objectifs à horizon 2030, comme l’illustre l’installation récente de trois pompes à chaleur en remplacement du gaz, avec un retour sur investissement estimé à environ trois ans. Nous avons également déployé des bornes de recharge pour véhicules électriques, optimisé nos consommations d’énergie et lancé de nombreuses autres actions.
Dans le même esprit, nous avons inauguré un nouveau laboratoire R&D éco-conçu, intégrant les standards de la construction durable : panneaux photovoltaïques, récupération de chaleur, collecte des eaux de pluie, recours à des entreprises locales… Nous y avons associé un espace ouvert, convivial et collaboratif, conçu pour stimuler la créativité. Cela change aussi le regard des équipes.
La performance environnementale, c’est donc un triptyque indissociable : impact réduit - compétitivité renforcée - attractivité accrue.
Vous évoquez aussi un enjeu d’image pour l’industrie pharmaceutique…
Oui, clairement.
L’industrie pharmaceutique a un rôle sociétal majeur, mais elle n’est pas toujours perçue comme exemplaire sur l’environnement. Or aujourd’hui, les talents, les partenaires, les investisseurs attendent des engagements forts.
S’engager dans la performance environnementale, c’est aussi renforcer la fierté interne et redonner une image positive au secteur. C’est un levier d’attractivité considérable !
Quel sera l’ADN de ce colloque ?
Très simple : du concret, du concret, du concret.
Nous avons volontairement resserré le format sur une journée, en nous concentrant sur deux thèmes clés - le scope 3 et l’eau - après le rappel des exigences et tendances réglementaires. Moins de discours, plus d’échanges.
Le comité de programmation a été très clair : ce que les participants attendent, ce sont des solutions applicables. Nous allons donc privilégier les retours d’expérience, les formats interactifs et les discussions ouvertes entre pairs.
L’idée, c’est que chacun reparte avec des pistes immédiatement activables sur son site.
Qui vous entoure pour définir le programme ?
Le colloque reflète la diversité de la filière (bio)pharmaceutique : grandes entreprises, PME, TPE, laboratoires, façonniers, fournisseurs et experts.
Le comité de programmation réunit une dizaine de professionnels engagés : Aurélie Gourdy (Novo Nordisk), Pauline Sauvan (UPSA), Ghislaine Aumeras (Stéarinerie Dubois), Loïc Allanos (Septodont), Denis Le Hazif (Mayoly), Maurice Auguste (Sanofi), Jean-Emmanuel Gilbert (Aquassay) et Thomas Merello (Equans).
C’est un collectif dynamique, expérimenté et très investi sur les enjeux environnementaux au sein des sites pharmaceutiques. Leur approche très pragmatique donne le ton du colloque.
Le scope 3 sera un thème clé. Pourquoi est-il si complexe ?
Parce qu’il oblige à sortir de son périmètre. Les scopes 1 et 2 sont internes à l’entreprise découlant de ses activités : la production d’énergies qu’elle utilise et les émissions directes. Le scope 3, lui, concerne les émissions sur toute la chaîne de valeur, et notamment celles liées à la consommation de ses produits : fournisseurs, transport, usage, fin de vie.
Cela implique plusieurs défis : cartographier précisément cette chaîne de valeur, partager des données avec des partenaires, influencer des acteurs sur lesquels on n’a pas de contrôle direct. C’est là que les analyses du cycle de vie (ACV) deviennent essentielles. Mais elles peuvent être lourdes à mettre en place.
Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est de montrer que même des PME, avec peu de moyens, peuvent démarrer, et parfois avec des outils simples, et une stratégie de petits pas.
Le second thème, l’eau, semble également stratégique…
Il est même critique. L’eau est une ressource finie, sous pression, et de plus en plus réglementée. Certains sites industriels sont déjà contraints par les arrêtés préfectoraux lors de la période estivale.
Mais au-delà du risque, c’est une opportunité : repenser complètement son usage en logique circulaire. Cela passe par réduire les consommations, traiter et réutiliser l’eau, et éviter toute pollution. Et là encore, les gains sont multiples : économiques, environnementaux, mais aussi en termes de résilience industrielle.
Vous insistez beaucoup sur les synergies entre acteurs. Pourquoi ?
Parce que personne ne pourra réussir seul.
Aujourd’hui, trop d’entreprises travaillent en silo, souvent sur les mêmes problématiques. C’est une perte d’énergie.
Dans d’autres secteurs, j’ai vu des concurrents collaborer intelligemment, partager des bonnes pratiques sans dévoiler leurs secrets. C’est exactement ce que nous devons faire.
Visites croisées de sites, échanges d’experts, ateliers communs… La force de Polepharma est d’être un catalyseur de filière capable de structurer cette dynamique autour de la performance environnementale.
Quels sont, selon vous, les plus grands défis à venir ?
Il y en a plusieurs, mais trois me semblent majeurs.
D’abord, le recyclage des dispositifs pharmaceutiques : aujourd’hui, de nombreux produits, comme les valves, inhalateurs ou auto-injecteurs, sont difficiles, voire impossibles à recycler en raison des contraintes liées aux résidus de principes actifs. Par sécurité, nous envoyons tous ces produits à l’incinération...
Ensuite, l’écoconception des traitements chroniques. On parle de millions de dispositifs d’administration constitués de 7 à 12 composants, dans le cadre par exemple de l’asthme et du COPD, et utilisés sur le long terme. Il faut repenser les modèles : systèmes rechargeables, réduction des composants, mais aussi espacer les prises de médicament … Un dossier sur lequel il devient urgent d’avancer concrètement !
Enfin, l’accélération globale de la filière. Le plus grand défi reste la vitesse. Nous devons aller plus vite, collectivement.
Qu’attendez-vous concrètement de cette édition ?
Un moment utile, dynamique et riche en échanges. La qualité des intervenants sera évidemment essentielle, mais le véritable point d’orgue de la journée résidera dans les discussions et les partages d’expérience qui suivront.
J’aimerais rassembler au moins une centaine de responsables - qualité, HSE, achats, voire production - des sites du réseau Polepharma : des acteurs engagés, souvent décisionnaires, directement concernés par les stratégies environnementales.
Mon objectif : qu’ils repartent avec des idées concrètes, des contacts, et surtout une réelle envie d’agir.
Et si, à la fin de la journée, des collaborations se créent, des projets se lancent, alors ce sera une réussite !
Un dernier message aux entreprises du réseau Polepharma ?
Le pire serait d’attendre. La transition environnementale est déjà en marche. Elle est complexe, oui. Elle demande des investissements, du temps, de l’énergie. Mais c’est aussi une opportunité formidable. Et surtout, elle sera beaucoup plus facile à mener collectivement que seul. C’est tout le sens de ce colloque !
Propos recueillis par Marion Baschet Vernet
Contact :
Guillaume Deroudille - Responsable Polepharma Gipso – Réseau Nouvelle Aquitaine en charge de la Performance Environnementale
guillaume.deroudille@
Coraline Dupont - Pharmacien Affaires Pharmaceutiques
coraline.dupont@polepharma.com