Rencontre avec Matthieu Puyet, directeur du site de Sanofi Val-de-Reuil chez Sanofi, Président du Congrès Polepharma Industrie du Futur les 25 et 26 novembre à Chartres
« La maintenance n’est plus un centre de coûts. C’est un accélérateur de performance »
À l’occasion des 25 et 26 novembre à l’Illiade de Chartres, Matthieu Puyet, directeur du site de Sanofi Val-de-Reuil, présidera la 9ᵉ édition du Congrès Polepharma Industrie du Futur. Un rendez-vous devenu incontournable pour plus de 250 décideurs de la filière (bio)pharma. Son credo cette année ? Remettre la maintenance au cœur du jeu et surtout la repositionner comme un véritable levier de performance.

Pourquoi avoir accepté de présider le congrès cette année ?
Franchement ? Parce que ça me parle à 100 %.
La performance industrielle, c’est mon quotidien depuis 25 ans : livrer les bons volumes, en temps et en heure, au bon coût et avec la bonne qualité. Mon parcours m’a fait passer par l’ingénierie, la maintenance, l’automatisme, la production, … dans l’industrie pharma, et en particulier dans le vaccin, chez GSK puis chez Sanofi.
Et la maintenance… c’est typiquement le sujet qu’on sous-estime. Tant que tout tourne, personne n’en parle. Mais en réalité, sur un site industriel, c’est plus de 50 % des dépenses. Et pourtant, on ne l’a jamais vraiment considérée comme un levier de performance.
Donc quand on me propose deux jours pour challenger nos pratiques, partager du concret, comparer ce qui marche ou pas… je fonce !
Et puis il faut dire les choses : dans l’imaginaire collectif, la maintenance, ce n’est pas “sexy”. On pense encore clé à molette et boulons. Alors qu’aujourd’hui, sur le terrain, on parle de data, capteurs, d’IA, de stratégie… C’est un levier énorme. Et ça, il faut le faire savoir.
Le Congrès Polepharma Industrie du Futur, en quelques mots ?
C’est simple : un congrès fait par des industriels, pour des industriels.
Pas de discours hors sol. On parle terrain, retours d’expérience, vrais sujets. L’idée, c’est que chacun reparte avec des idées concrètes à tester chez lui.
On a réuni un comité de programmation très varié, avec des profils industrie, techno, qualité… pour croiser les visions et coller à la réalité : Olivier Maurion (SK Pharmteco / Cell&Gene Europe), Fabrice Azambourg (YASKAWA Robotique France), Benjamin Ozanne (Aptar Pharma Le Vaudreuil), Delphine Chenal (Chorege), Frédérick Muller (ETN Group), Nicolas Blaise (Groupe Apave), Sébastien Delattaignant (Caelis), Samy Chebbah (Sanofi Le Trait), Guillaume Fresne (I-Care), Arnaud Huc (Académie de la Qualité Efficace), François Lescure (Gimopharm), Frédéric Mortuaire (C’Chartres Innovations Numériques).
Qu’est-ce qui le rend différent des autres événements ?
On ne vient pas pour écouter passivement.
On vient pour échanger, challenger, confronter les pratiques. Ateliers immersifs, tables rondes, retours d’expérience… On partage ce qui marche, mais aussi ce qui ne marche pas.
C’est du concret. Du vécu. Du benchmark en direct. On aura même l’occasion de voir ce qui se fait côté aviation, car on se challenge aussi en inter-filière.
À qui s’adresse le congrès cette année ?
A tout l’écosystème : des grands groupes comme Sanofi, Fareva, Pierre Fabre, des CDMO, des fournisseurs de techno, des start-up, des biotechs…
Côté métiers : maintenance, ingénierie, production, qualité, digital, ressources humaines. Parce qu’aujourd’hui, tout est connecté.
Si vous êtes dans l’industrie pharma, clairement, vous êtes concernés.
Le thème 2026 est la maintenance comme levier de performance. Concrètement qu’est-ce que cela recouvre ?
Nous allons traiter le sujet sous quatre angles et sessions différentes :
- Stratégie: comment passer d’un centre de coûts à un levier de performance et de maîtrise des risques ? En soulignant le rôle de la maintenance dans la disponibilité des équipements, la continuité de production, la maîtrise des coûts et la gestion des risques.
- Exécution & conformité: Prévenir ou guérir ? Rigueur vs agilité, est-ce qu’on peut concilier les deux ?
- Technologies: automatisation, digital, data, IA… accélérateur ou complexité supplémentaire avec l’enjeu de cybersécurité ?
- L’enjeu humainet les compétences : formation, transmission, organisation, attractivité du métier de technicien de maintenance, mais aussi nouveaux métiers notamment automaticiens … Sans équipes solides, aucun développement ne sera possible. La transformation durable passe par les équipes.
C’est un sujet complet. Et surtout, ultra actuel.
Justement, où en est l’industrie pharmaceutique sur ces sujets ?
Soyons honnêtes : c’est très hétérogène.
Certains sont très avancés en data, digitalisation et automatisation. D’autres en sont encore à structurer leurs données. Et sans data fiable, impossible de digitaliser efficacement.
Côté automatisation, l’industrie pharma est encore en retard par rapport à des secteurs comme l’automobile, notamment à cause des exigences réglementaires qui se traduisent par plus de travail de qualification et de temps de développement.
Chez Sanofi, on investit fortement dans de véritables programmes de digitalisation sur nos sites. Mais le vrai défi, ce n’est pas la techno. C’est la qualité de la data.
Sans cela, l’IA ne sert à rien.
L’IA et la maintenance prédictive, ça change vraiment la donne ?
Oui, clairement. Au Val-de-Reuil, nous avons adopté un ERP sous SAP et des outils d’IA connectés à nos lignes, dotées de capteurs. Nos conducteurs de ligne, équipés de tablettes, ont de véritables « compagnons digitaux » qui les alertent en temps réel. On capte des dérives invisibles à l’œil nu. On agit avant qu’un problème ne survienne. On peut aussi juger de l’impact d’une décision.
Et, avec la maintenance prédictive, basée sur le machine learning, on change complètement de logique. Avant : on subissait la panne. Maintenant : on l’anticipe. On commande les pièces, on planifie et on évite les arrêts. On passe d’une maintenance “calendaire” à une maintenance intelligente.
Et au congrès, on posera une vraie question : comment intégrer ces approches tout en restant conforme aux exigences BPF ?
Et côté humain, quels sont les enjeux ?
Ils sont énormes.
Déjà, il y a un manque de compétences criant en maintenance. Et en France, on ne valorise pas assez ces métiers. Sur mon site, j’ai des postes ouverts… et peu de candidats.
Donc nous avons pris plusieurs décisions. D’abord, on a créé une Maintenance Academy pour former les nouveaux arrivants à nos équipements et outils, mais aussi garantir la montée en compétences de nos techniciens en activité et faire de l’accélération en phase avec l’arrivée de ces nouvelles technologies afin de gagner en agilité sur les postes. J’ai aussi pris la décision de continuer à féminiser les équipes pour élargir les possibilités. Sur le site, ma responsable maintenance est une femme, ainsi que certaines de ses N-1 et N-2. Et ça commence à porter ses fruits. Mais c’est un vrai chantier collectif.
Chez Sanofi Val-de-Reuil, qu’allez-vous partager au congrès ?
Du concret : de la gestion de l’obsolescence, aux capteurs sur nos lignes pour anticiper les pannes, jusqu’aux outils digitaux sur tablettes pour les équipes terrain et systèmes d’IA embarqués sur les lignes…
Mais surtout, notre vision : la maintenance 4.0 comme levier de compétitivité.
L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de « l’augmenter » avec des outils pour lui permettre d’être plus rapide, efficace et pertinent. Et, au final, rendre le site plus compétitif pour continuer de remplir nos objectifs de volumes.
Quel rôle joue Polepharma à vos côtés ?
C’est un accélérateur !
Un réseau de confiance de plus de 480 membres, qui connecte les acteurs, facilite les échanges et fait avancer toute la filière.
C’est aussi une voix forte, une capacité de veille, des groupes de travail structurants…
Bref, un vrai moteur de transformation industrielle.
Le message que vous voulez faire passer avec cette édition ?
Que la maintenance a changé de dimension. Ce n’est plus un sujet technique en arrière-plan. C’est un pilier stratégique pour nos sites. Il y a une réelle modernité à mettre en avant, au-delà de l’image des boulons et des écrous. Nous avons vraiment énormément à gagner en l’intégrant dans nos pratiques.
Et si l’on veut rester compétitifs, il faut investir dans les compétences, accélérer sur la data et le digital, … et surtout travailler ensemble. Parce qu’au final, on est tous dans le même bateau. Et clairement, si vous voulez prendre une longueur d’avance… c’est au congrès que cela se passe !
Propos recueillis par Marion Baschet Vernet
Contact :
Marie-Flore Barreau - Responsable Performance Industrielle
marie-flore.barreau@polepharma.com