Rencontre avec Gaëlle Suder, Manager de projets Clean Utilities & Métrologie chez Novo Nordisk Production S.A.S - Congrès Polepharma Industrie du Futur les 25 et 26 novembre à Chartres
« Sans maintenance, pas de performance durable ! »
Les 25 et 26 novembre 2026, plus de 300 acteurs de l’industrie (bio)pharmaceutique se retrouveront à L’Illiade, à Chartres, pour la 9ᵉ édition du Congrès Polepharma Industrie du Futur.
Consacré cette année à la maintenance, l’événement réunira directeurs de site, responsables de production, maintenance, qualité et excellence opérationnelle autour d’une même question : comment faire de cette fonction un véritable levier de performance ?
Parmi les temps forts, Gaëlle Suder, Manager de projets Clean Utilities & Métrologie chez Novo Nordisk Production S.A.S., partagera les enseignements de ses dix années d’expérience au sein du service maintenance du laboratoire.

Quel a été votre parcours chez Novo Nordisk ?
Je travaille chez Novo Nordisk depuis plus de quinze ans. J’y suis entrée en alternance comme assistante de projet lors de la création d’une ligne de production. J’ai ensuite accompagné plusieurs projets d’extension, avant de piloter les arrêts de production, puis devenir responsable maintenance, utilités propres et métrologie ainsi que les lignes produits finis.
Aujourd’hui, dans le cadre de la création de nouvelles capacités industrielles à Chartres, je travaille sur la maintenance et la standardisation de nouvelles installations, ainsi que sur la qualification et la validation du traitement de l’eau.
Mon parcours m’a permis d’aborder la maintenance sous différents angles : pilotage de projet, fiabilité des équipements, performance industrielle et management des équipes.
Sur le congrès, j’apporterai avant tout une vision concrète de la maintenance sur un site pharmaceutique.
Être une femme dans cet univers. Est-ce un atout ?
Je suis aujourd’hui une des seules femmes responsable maintenance chez Novo Nordisk.
Je ne viens pas d’une formation purement technique, mais du management, de la communication et du marketing. Des compétences qui me sont très utiles pour accompagner les techniciens, fédérer les équipes et favoriser le travail collectif.
Je passe beaucoup de temps sur le terrain pour comprendre les métiers, les contraintes et les attentes de chacun. Mon regard extérieur m’amène parfois à poser des questions différentes et à remettre en cause certaines habitudes.
La maintenance est encore souvent perçue comme un univers technique, exigeant et essentiellement masculin. Une approche plus ouverte, fondée sur l’écoute, le dialogue et la franchise, peut apporter une dynamique différente. Mes équipes m’ont d’ailleurs confié qu’elles appréciaient cette manière de les manager.
Et, de mon côté, j’ai découvert un métier passionnant, qui correspond finalement très bien à mon tempérament !
Comment le métier de technicien de maintenance évolue-t-il ?
Le technicien de maintenance n’est plus seulement celui qui intervient lors d’une panne ou pour faire de la prévention. Il participe désormais beaucoup plus en amont à la vie des équipements.
Sur notre projet d’expansion, les techniciens contribuent à définir les standards, construire les plans de maintenance, référencer les pièces détachées et préparer l’exploitation future des installations. Ils deviennent des acteurs à part entière des projets industriels.
Cette évolution est d’autant plus importante que les techniciens qualifiés sont difficiles à recruter. La standardisation constitue une réponse à cet enjeu. Chez Novo Nordisk, nous cherchons à déployer des procédures communes entre nos sites français, américains ou brésiliens. Lorsque les équipements, les méthodes et les outils sont comparables, le partage d’expérience et la résolution des problèmes deviennent beaucoup plus efficaces.
Que pensez-vous du choix de la maintenance comme thème central du congrès ?
C’est un sujet à la fois clé et stratégique, au croisement des grandes préoccupations industrielles : fiabilité des équipements, continuité de la production, conformité, maîtrise des coûts et compétences.
La maintenance ne peut plus être considérée comme une simple fonction support. Lorsqu’elle est insuffisamment intégrée, les conséquences dépassent les seuls équipements et affectent aussi la production, la qualité, les délais et parfois la conformité.
À l’inverse, lorsqu’elle est bien pilotée et prise en compte dès le début des projets, elle devient un véritable levier de performance.
Que représente le Congrès Polepharma Industrie du Futur pour la filière (bio)pharmaceutique ?
C’est un rendez-vous important, car il permet de sortir du quotidien et de confronter nos pratiques à celles d’autres industriels. Nous n’avons pas toujours suffisamment l’occasion de comparer nos solutions, nos applications et nos organisations avec celles des autres sites.
Or, toute la filière partage des enjeux communs : la performance, la conformité, la transformation des outils industriels et le développement des compétences. Le congrès offre un cadre très concret pour partager les expériences, identifier les bonnes pratiques et bénéficier des retours d’autres acteurs.
Pour Novo Nordisk comme pour la filière, c’est un temps utile de benchmark, de réflexion et de mise en réseau.
La digitalisation simplifie-t-elle réellement la maintenance ?
Elle peut être un formidable accélérateur, mais ce n’est pas la solution miracle. Les outils numériques vont contribuer à améliorer la traçabilité, la planification, l’exploitation des données et la réactivité des équipes - voire aussi à mieux anticiper les interventions.
Mais ajouter des technologies sans objectif précis risque surtout de créer de la complexité. Il faut partir du terrain et se demander quel problème concret on cherche à résoudre. Une technologie ne doit pas être déployée uniquement parce qu’elle est disponible.
Il est également essentiel d’associer les techniciens très tôt. Ce sont eux qui utiliseront les outils et qui disposent de la connaissance opérationnelle des équipements. Sans leur implication, même la meilleure solution technologique risque de ne pas produire les résultats attendus.
Quelles innovations vous paraissent les plus prometteuses ?
La maintenance prédictive, les capteurs connectés, l’analyse de données et certains usages ciblés de l’intelligence artificielle offrent aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes.
Sur le site de Novo Nordisk à Chartres, nous utilisons par exemple un outil capable de suivre l’état des moteurs et de détecter si leurs roulements doivent être remplacés. Il nous aide d’abord à améliorer la maintenance préventive. À terme, l’analyse des données nous permettra de mieux anticiper les défaillances et de planifier les interventions.
Il ne faut toutefois pas chercher à tout intégrer en même temps. La bonne démarche consiste à cibler les équipements critiques, identifier les principaux irritants, tester une solution simple, en mesurer la valeur, puis la déployer progressivement.
À vouloir courir tous les lièvres à la fois, on risque de perdre de vue les priorités et de désengager les équipes.
Jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle transformer le métier ?
L’IA peut analyser de grandes quantités de données, détecter des signaux faibles, identifier des tendances et éclairer des décisions. Elle permettra certainement aux équipes de gagner en anticipation et efficacité.
Mais elle ne remplacera ni la connaissance du terrain, ni le jugement technique, ni la compréhension des exigences GMP. L’avenir réside dans une maintenance augmentée, pas déshumanisée. La technologie doit soutenir la réflexion humaine. L’enjeu est désormais de faire monter les techniciens en compétences pour qu’ils puissent comprendre, utiliser et challenger ces nouveaux outils.
Quels enseignements allez-vous partager du projet d’extension de Novo Nordisk à Chartres ?
Un projet industriel ne peut réussir durablement que si la maintenance est intégrée dès le départ.
Lors d’une expansion, il faut gérer en parallèle la mise en service, la montée en charge, la fiabilisation des équipements, l’organisation des équipes, la coordination avec la production et le maintien des exigences qualité. La maintenance ne doit donc pas intervenir seulement après la qualification des installations.
Les techniciens peuvent identifier très tôt les opérations, les pièces ou les contrôles nécessaires pour maintenir les équipements dans leur état qualifié. Il faut anticiper, prioriser, piloter avec des indicateurs et surtout travailler de manière transversale avec les équipes projet, production, qualité et qualification-validation.
Je vous donne rendez-vous le 25 novembre à 11 heures pour partager dix années d’expérience de terrain chez Novo Nordisk et poursuivre la réflexion ensemble.
Comment rendre les métiers de la maintenance plus attractifs ?
Il faut d’abord rappeler que la maintenance est un métier stratégique. Elle impacte directement la technique, la performance, la sécurité, la qualité et la continuité de production. Ce n’est pas un métier de l’ombre.
Et, ensuite, proposer de véritables parcours : de la formation, du tutorat, de la transmission et un accompagnement dans la prise en main des nouveaux outils digitaux.
Novo Nordisk et l’Université d’Orléans ont ainsi lancé une filière professionnelle en pilotage et maintenance de lignes de production automatisées, dispensée à l’IUT de Chartres. Ce parcours en alternance vise à développer des compétences opérationnelles et à favoriser une insertion rapide dans l’industrie.
Les jeunes ont parfois une vision réductrice du métier. Pourtant, la maintenance demande de l’analyse, de la réflexion, de l’adaptation constante. Ceux qui la découvrent choisissent souvent d’y rester pour construire leur carrière. Les opportunités d’évolution sont nombreuses vers l’expertise, les fonctions support ou le management.
Quels seront les temps forts du congrès ?
Une conférence premium, animée par la philosophe Laura Lange, sera consacrée à « l’humain augmenté : quelle maintenance pour demain ? ».
Le programme va alterner conférences pour prendre de la hauteur, ateliers pour approfondir les sujets et visites immersives chez Novo Nordisk et Mia Innovation, au plus près des problématiques de terrain.
Les échanges porteront notamment sur les bonnes pratiques de maintenance, les stratégies d’entreprise, la maintenance prédictive, l’usage de l’IA pour les inspections, la maîtrise des coûts, la priorisation des investissements, l’organisation des équipes ou encore les choix entre internalisation et externalisation.
Mais le cœur du congrès restera le partage d’expériences industrielles : du vécu, du concret et des solutions réellement mises en œuvre. C’est ce que les participants viennent chercher. Les échanges informels seront tout aussi précieux, car les meilleures idées émergent souvent dans ces temps « off » que l’on peine à s’accorder au quotidien !
Internaliser ou externaliser : comment arbitrer pour un site ?
Chez Novo Nordisk, la maintenance est aujourd’hui largement internalisée, mais nous restons ouverts à l’intervention de prestataires.
La condition essentielle est qu’ils s’intègrent parfaitement à l’organisation et travaillent selon les mêmes exigences que les équipes internes. Dans l’industrie pharmaceutique, un prestataire doit comprendre les contraintes du site et agir comme s’il faisait pleinement partie de l’entreprise.
Le choix dépend donc moins d’une opposition entre internalisation et externalisation que de la capacité à garantir la compétence, la continuité, la qualité et la conformité.
Quels défis attendent désormais la filière ?
À l’avenir, les industriels devront maintenir un haut niveau de fiabilité, intégrer les technologies de manière utile, garantir la conformité, maîtriser les coûts et préparer les compétences de demain.
La maintenance joue un rôle central dans cette transformation. Elle permet de produire de manière durable, en sécurité et avec le niveau de qualité et de conformité attendu.
Dans un environnement imprévisible et changeant, les sites doivent conserver leur capacité à investir, innover et s’adapter rapidement.
Quel rôle Polepharma peut-il jouer dans cette transformation ?
Accélérer la transformation ne consiste pas seulement à parler d’innovation. Il faut aussi partager ce qui fonctionne, diffuser des retours d’expérience concrets et accompagner la montée en compétences des équipes.
Lorsque les industriels échangent entre eux, ils gagnent du temps, évitent certains écueils et progressent collectivement. C’est tout l’intérêt de notre filière (bio)pharmaceutique organisée au sein de Polepharma : mettre les acteurs en relation, décloisonner les expériences et faire circuler les bonnes pratiques.
Le Congrès Polepharma Industrie du Futur incarne parfaitement cette mission. Il permet de rendre visible une fonction essentielle, confronter les approches et construire ensemble la maintenance de demain, avec la technologie, mais surtout avec les femmes et les hommes qui la font vivre !
Propos recueillis par Marion Baschet Vernet
Contact :
Marie-Flore Barreau - Responsable Performance Industrielle
marie-flore.barreau@polepharma.com